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Premier séjour en Haïti pour ASIEHaïti

Valoux PRINCE, Président et membre fondateur d'ASIEHaïti, a séjourné du 29 mai au 11 juin en Haïti. Ce voyage avait de multiples objectifs et son emploi du temps a été extrêmement chargé. Voici son carnet de voyage.

Lundi 29 mai 2017

Après 1h45 de vol de Miami, je suis arrivé en Haïti. Haïti, mon cher pays où je ne suis pas revenu depuis près de 4 ans.

J’ai retrouvé un pays meurtri par la misère, la souffrance et la corruption. Une fois sorti de l’aéroport, j’ai pris un taxi pour me conduire à Carrefour, ma ville, là où j’ai grandi. Sur le chemin, je discute avec Mr Milord, le chauffeur de taxi, qui me parle de la situation du pays. Qui, mieux que lui qui sillonne en permanence les rues des villes, peut me raconter la situation actuelle ? Il me dit qu’il ne reste plus rien d’Haïti à part le nom. Mais le pays qui d’avant, celui dans lequel j’ai grandi, n’existe plus. Aujourd’hui, il n’y a plus que des survivants qui peinent à se reconstruire. La pauvreté et l’insécurité, l’absence d’avenir et le désespoir : voilà ce qu’est devenue la vie de millions d’Haïtiens.

Sur le chemin, je constatais cette misère : la misère de mes frères de mes sœurs.

Mardi 30 mai 2017

J’ai rencontré Christopher. Ce petit garçon a 7 ans. Il vit dans un Shelter, juste à côté de la maison de ma mère. Un Shelter, c’est un abri construit par les ONG après le tremblement de terre de 2010. Il n’y a ni mobilier, ni sanitaire, ni eau courante. Le lit, c’est un tapis posé à même le sol. Il y vit avec son père et sa mère. Atteinte de folie, elle est totalement incapable de s’occuper de son fils. Cet enfant était tout seul. Il avait faim. Il avait un regard plein d’innocence, mais également plein de tristesse. À ce moment-là, la seule chose dont il avait besoin, c’était un plat chaud. Ma mère n’est pas bien riche, mais nous l’avons invité à venir manger chez elle. Il était tout content.  Tout en mangeant, il me disait qu’il aimerait aller à l’école… un jour. Il me disait qu’il n’y était encore jamais allé. Christopher était très touchant. Mais sa situation n’est pas unique. Ils sont des milliers d’enfants comme lui dans le pays.

Mercredi 31 mai 2017

J'avais rendez-vous avec l’inspecteur de police Belimaire LAVAUD, pour aller visiter un des plus grands bidonvilles de la capitale : la cité de l’Éternel. Ce que j’ai vu est inimaginable, insoutenable, inadmissible. Les habitants sont coupés de presque toute civilisation : peu de points d’accès à l’eau potable, pas de sanitaires, peu d’accès aux soins de santé. La majorité des habitants vit dans des maisons de fortune, parfois au même endroit que les animaux.

Samedi 3 juin 2017

Je suis allé à Port-à-Piment, dans le sud du pays, pour aller à la rencontre des familles.

J’ai trouvé une ville dévastée après le passage de l’ouragan Matthew. Les familles sont à genoux. Elles ont perdu tout ce qu’elles avaient. Il ne leur reste plus rien. J’ai rencontré beaucoup d’orphelins. Des enfants qui ont perdu tout espoir, dont la vie s’est arrêtée en octobre 2016. Sur leurs visages, là ou autrefois il y avait de la joie et des sourires, il y’a plus que désolation, tristesse et dégout.

Ces enfants-là sont les hommes et les femmes de demain, ceux qui feront vivre Haïti. Nous ne pouvons pas rester insensibles face leurs regards. Ils ont besoin de croire en quelque chose. Ils ont besoin de croire en demain. Ils ont besoin de savoir qu’ils ne sont pas seuls.

Que peut-on faire face à de telles situations ?

Haïti, autrefois perle des Antilles, où as-tu mis le sable blanc et la mer turquoise ? Où est le son des rires des enfants. Où est l’odeur du bon café du matin ? Où sont tes enfants qui se réunissaient, le soir, pour jouer à « lago tisangle », ou à « kash kash lunbin » ? Où ont les chants des paysans, lors des « corvées » dans les campagnes ? Après le tremblement de terre de 2010, après l’épidémie de choléra de 2010, après l’ouragan de 2016, Haïti n’a pas seulement perdu son peuple : Haïti a perdu son identité…

Alors, la question que vous allez pauser, c’est quel rôle peut jouer notre association dans tout ça. ASIEHaïti n’a pas de remède miracle pour tout changer et faire disparaître toutes les cicatrices laissées par le temps. ASIEHaïti s’est fixé, humblement, comme objectif d’accompagner les enfants sur le chemin du savoir. Avec l’aide de toutes et tous, nous pouvons les aider à mieux s’instruire. Et mieux s’instruire, c’est, pour les enfants d’Haïti, avoir de plus grandes chances de faire les bons choix, d’influencer positivement leur destin. En leur donnant la possibilité de recevoir une bonne éducation, nous pouvons avoir une action sur l’économie locale future. Nous pouvons aider Haïti à renaître.

En créant ASIEHaïti, avec l’équipe qui m’accompagne, c’est notre façon d’apporter notre soutien à mon pays. Mon cher pays. Seuls, nous pourrons peu. Avec vous, nous pourrons tout. Parce qu’ensemble, nous sommes toujours plus forts.

« Il n'y a point de bonheur sans courage, ni de vertu sans combat. » - J.J Rousseau

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